Le gâteau sous la cerise

Un lieu où je me plais à me prendre pour Robert Capa. Mais rassurez-vous, je m'amuse seulement entre un ahh et un ohh. Les photos (sauf mention son) sont ma propriété.

11 septembre 2007

Vue sur la gare de Brême ou comment j'ai compris la prédominance de l'anglais sur les autres langues.

Tout commence avec le week-end d'un de mes collègues avec sa copine à Brême et Hambourg en Allemagne. Grand amateur de photo, il dégaine son magnum et photographie les bâtiments et monuments divers, puis, à son retour, les montre à ses collègues, dont moi.
Tout continue avec le choix pour mon fond d'écran au boulot de la façade d'une gare, Brême ou Hambourg, je ne sais plus car il faudra que je redemande à mon collègue. Rien de folichon vous me direz.
Tout se poursuit avec, hier, le calme plat, vraiment un appel par heure, et mon regard qui se perd dans l'infini de mon écran. (On a l'horizon qu'on peut) et je lis "Hauptbahnhof", c'est-à-dire "gare" en allemand. Et c'est là que
Tout se transforme en étincelle. Je m'explique. Je suis adepte du multilinguisme. Pour moi, parler anglais c'est normal, mais pas suffisant. Une langue aussi "internationale" soit elle ne saurait remplacer la connaissance de plusieurs langues. Vous suivez? Je pense qu'il est idiot de ne pas vouloir parler anglais, mais triste de se dire que l'anglais suffit et tragique d'abandonner sa langue. Pour cette dernière raison, je suis volontiers vieux jeu, chaque jour au travail. Quand j'appelle un correspondant (sauf s'il est allemand cela va de soi ;-)) je leur demande s'il parle français ou anglais. Souvent on parle anglais mais desfois français. Car j'en suis persuadée si le français est en perte de vitesse, c'est en grande partie dû à l'attitude défaitiste et inconsciente de son ancienne (et actuelle) portée internationale de notre langue, de nombre de nos compatriotes. Nombre d'entre eux semble ignorer que le français est la langue véhiculaire de nombreux pays d'Afrique et ne se limite pas à la Wallonie-Bruxelles-France-Suisse Romande + Val d'Aoste. Bon passons car j'en oublie le coeur de mon message.
Ce qui s'est passé lors de ce chômage technique est que j'ai compris que l'anglais dominait les esprits à cause de la gare de Brême ou de Hambourg. Je m'explique, quand le train fut inventé au XIXè siècle il fallut lui trouver un nom. En Angleterre, il fut "train", en France aussi, en Espagne "Tren", en Allemagne "Zug" et si on parle des voies ou du train en général "Bahn", en Pologne "pociag". Ces mots proviennent tous du mot "tirer" "Ziehen Ciagac" mais n'en restent pas moins différents.
La "gare" devint "Station" en anglais, "estacion" en espagnol, "Bahnhof" en allemand ou "dworzec" en polonais. Chaque langue créait un mot venant d'elle-même. Et maintenant qu'en serait-il? Je suis prête à parier que maintenant, pour faire "dans le vent" on prendrait un mot anglais quitte à lui faire perdre son sens originel, on utilise bien des mots anglais à la place de mots français. Et non, je ne parle pas de week end, ni de football. Que celui qui n'a jamais entendu parler des activistes lève la main! (il aura droit à une carte postale de Houston en cadeau.) Pourquoi dire activiste là où on peut dire, où on doit dire "militant"?
Alors en glandouillant à mon poste, j'ai pris conscience du soft power exercé par l'anglais sur nous tous.

D'ailleurs j'ai décidé d'aller à Hambourg. :-)

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14 janvier 2007

Il y a des signes qui ne trompent pas

Alors pour les visiteurs étrangers de ce fabuleux, merveilleux, extraordinaire (et j'en passe des vertes et des pas mûres) blog, il faut avant toute chose intégrer le fait que la France est partagée en deux. (Bien sur on peut la diviser en beaucoup d'entités: banlieue, nord, sud, Corse, 5ème arrondissement de Paris...) Mais en fait il n'existe que deux entités utiles à mon billet sérieuses: Paris et la Province.

Cela se ressent jusque dans la façon de parler. Tout Français qui se respecte ne dira jamais "Je vais à Paris" mais "Je monte à Paris". Plus jeune et sudiste  (bon je sais, j'ai pas l'accent), je ne me révoltais pas à entendre mes voisins/amis/parents/cousins dire "Nous montons à Paris pour la naissance de X/l'enterrement de Y/ le diplôme de Z". Je disais aussi: " A Noël, nous montons en Bourgogne chez Dziadzia". On n'habite pas le Sud pour vivre au Soleil mais pour utiliser "monter" à toutes les sauces. Donc monter à Paris était logique. Paris est au Nord (pas vraiment mais vu de Montpellier un peu quand même) donc on y monte.

Mais toute innocence a une fin et vint le jour où je fus déniaisée. En vacances en Pologne (comme d'habitude entre mes 20 et 25 ans) à Lublin, ce merveilleux été 2002, je rencontrai une Lilloise, Céline, avec qui je passais beaucoup de mon temps. Que font deux nanas de 22-23 ans ensemble? Elle bavardent. Et au cours de l'une de nos conversations animées ne la voilà-t-elle pas qui lance (quelque chose du genre: "J'aimerais aussi monter à Paris pour mes études" Et là: stuppeur de mon côté: "Comment peut-on monter à Paris alors qu'on habite Lille et que partout où on va (en France, sauf si on va à Calais) on descend ?!!" C'est à ce moment que je compris: Paris est en haut et la Province (le reste avec comme phase de transition la banlieue) en bas et ce peu importe où en Province. Nord Sud Est Ouest tout le monde est égal on n'est pas Paris.

Plus tard (après environ 5 ans de vis parisienne) il m'est apparu que j'étais également devenue Parisienne. Pour quelles raisons:

-   Comme un collègue me le rappela, je connais le réseau de métro (pas le RER, là j'ai besoin d'une carte et je plains mes collègues/amis/connaissances banlieusards) par coeur;

-   Comme tout Parisien je m'extasie devant les bars sympas où on boit un café crème pour 2,60€. Waouh que c'est bon marché!! Ben oui en général c'est 3,50€ le crème grande tasse en salle ici et on trouve cela normal.

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-  Comme tout Parisien en retard sur le chemin du boulot, je calcule les moindres minutes passées dans les                 transports : "Si je travaille à 9h et que je pars à 8h10 je suis sûre d'avoir le train de 8h25 allant à St Cloud et d'arriver largement ( d'où perte de temps) à l'heure. Mais si je pars à 8h20, je pourrai sauter dans le train de 8h37, arriver (en courant ça va de soi) juste à l'heure au boulot et j'ai gagné 10 mins. Donc partons à 8h20!" Véridique. Je sais, c'est pathétique pour les non-parisiens, mais venez vivre ici vous comprendrez. Il est clair que dans ces conditions le touriste innocent qui à la gare St Lazare cherche la Tour Eiffel comprendra vite que je ne suis pas un guide touristique. Surtout s'il ne monte pas les marches de l'escalator ou, pire, se plante dans la file de gauche forçant les Parisiens à lui demander de se pousser pour les laisser passer. Véridique aussi.

-  En vacances en Province (à Montpellier pour être claire), je m'étonne (ou râle selon l'humeur, eh oui) que tout le monde marche lentement, discute au guichet du bureau de poste. (Comprendre que le guichetier que je ne connais pas me parle alors qu'à Paris il fait la même chose mais me voit chaque semaine depuis 3 ans donc depuis 1 an 1/2 on se sent dans la possibilité de parler).

En énumérant ces points, je me rends compte que oui je suis Parisienne et venant d'un Provincial ou Non-Parisien, cela peut ne pas être franchement positif. D'ailleurs j'ai presqu'été choquée quand j'ai pris conscience de tous les faits évoqués ci-dessus.

Mais il y a de l'espoir! Car:

  1. Rien ne m'énerve plus que ces Parisiens qui à l'image de N. (élève d'une amie de ma copine polonaise M.) répondit sans sciller ni rougir à ma copine disant qu'elle avait dû choisir entre deux facs Paris 8 et Lyon 2 pour faire son année Erasmus en France: "T'as eu raison de choisir Paris 8, au moins t'es à Paris car à Lyon il n'y a rien". Glps. Il va de soi qu'il n'était jamais allé à Lyon (je le lui ai demandé) vérifier la teneur de ses propos. Pour ceux qui parlent polonais, il voulait apprendre le polonais (sa copine était polonaise) mais quand il a su (très vite) qu'il y avait des déclinaisons en polonais, il ne renonça pas mais décida de continuer son apprentissage mais sans "se farcir" les déclinaisons. On prend la structure française des phrases et les Polonais s'adaptent. En gros on forme des phrases où chaque mot est sujet du verbe. Toute personne désireuse d'apprendre une langue étrangère en chie et N. m'a stupéfiée par la hauteur de sa pensée. 
  2. A l'étranger je m'insurge également contre les personnes qui me disent quand je dis être Française: "ah oui Paris" Grrrrr!! Et le reste b*****!! Ce fut le cas particulièrement au Québec, beaucoup moins en Allemagne où en Pologne.
  3. Et puis surtout, des 4 premiers points, je pense qu'ils sont surtout l'effet de la vie dans une grande agglomération que liée à la ville elle-même. Et ce même pour la fierté d'être Parisiens car je connais nombre de non-Parisiens qui ne bougent pas de leur coin. Donc au final l'effet Paris-Province n'est visible que dans l'Etat centralisé qu'est la France. non?!

En bonus: l'adresse ET la photo du bar super sympa où le crème grande tasse est à 2,60€

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3 pièces cuisine

101 rue des Dames

75017 PARIS

M2: Rome                                                                        

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07 janvier 2007

Une petite virée chez Ik*a

Chaque retour dans un endroit que l'on pense sien nous montre combien le temps passe en silence derrière nous et que ce qui nous appartient et est durable est un leurre. (Ca c'est pour le moment de philo)

Cette fois le rôle du catalyseur a été rempli par une chaîne de meuble branchée de chez branchée, aux couleurs jaune et bleu, j'ai nommé, la très suédoise Ik*a!

Ma première (et jusque là unique) excursion chez Ik*a remontait à 1983 et prenait la forme dans mes souvenirs enfantins d'un bain dans une piscine de boules! Qu'en est-il 22 ans plus tard?  (le voyage date du 12 décembre 2005)

En 1983, aller chez Ik*a ressemblait à un grand voyage. On avait pris la voiture tôt le matin, roulé sur autoroute jusqu'à Marseille et là passé la journée dans ce magasin d'où on était revenu avec une couette et sa housse blanche aux tulipes multicolores où j'allais passer de nombreuses nuits avant de reprendre l'autoroute pour rentrer à Montpellier.

Cette fois-ci  s'y rendre semblait beaucoup moins impressionnant. Il ne fallut pas se lever aux aurores, ni prendre l'autoroute (quoique, la 2x2 voies qui mène à Odysséum ça compte pas?), même si le chemin, entre les travaux du tramway et la conduite montpelliéraine ne fut pas limpide.  Première constatation : ma ville n'était plus ma ville mais celle où j'avais grandi. En effet j'étais si préoccupée à trouver mon chemin, à prendre les bonnes décisions, à maintes fois hésiter à un croisement et à NE PAS s'arrêter au feu orange..hé hé... je ne pus me dire que me rendre à IK*A était de la tarte. Au contraire, j'eus le sentiment de me transformer en preux chevalier, prêt à tout pour atteindre son but, ici le temple de la société consumériste. Mais notre chevalier ne s'avoue pas vaincu pour si peu. On parlait d'Ik*a partout, il allais enfin le voir de ses propres yeux!

Le monstre, fraichement construit, se tenait tel un château fort qui se respecte au sommet d'un roc insurmontable. (Vous connaissez les châteaux cathares? Montségur ou Quéribus? Eh bien vous trouverez là une illustration de ce que, une fois rendu au pied du monticule boueux,  le chevalier aperçut. Quand on est une nana il suffit de mettre des talons et le tour est joué). Notre preux chevalier donna vaillamment l'assaut à cet imposant édifice!!

Toutefois,  plus il s'approchait du bâtiment, plus celui-ci perdait ses qualités de forteresse imprenable. De la musique d'ambiance était diffusée à l'extérieur (et il n'allait pas tarder à m'en rendre compte qu'à l'intérieur également) du magasin.
Comme par magie, entendant cette douce mélodie, le preux chevalier moyen-âgeux, pétri de romantisme et d'amour courtois pour sa dame, subissait une métamorphose, passait la Guerre de Cent Ans, la Renaissance, la Révolution, Napoléon et la révolution industrielle en une soixantaine de secondes (je sais ça fait une minute mais ça en jette plus en comptant en secondes), bousculant les couloirs du temps pour ne devenir qu'un personnage d'un film à la Métropolis entrant sans réfléchir vers le lieux indiqué par son (nouveau) maître spirituel.

Le bâtiment est grand mais ordonné. Pas question de se comporter en sauvage dans la jungle (c'est là où l'éducation du preux chevalier peut être utile), nous sommes des Hommes civilisés et nous procédons par ordre! (hum...):

D'abord admirer tout ce que le magasin a à offrir pour ensuite se jeter fiévreusement sur les objets.

L'organisation du magasin ressemble à celle d'un zoo avec circuit touristique. Les consommateurs frénétiques se promènent dans des salons différents, des bureaux, des chambres, des cuisines. Le tout très bien agencé. Des items achetables séparément sont de cette façon présentés dans leur élément naturel. Les objets présentés ainsi semblent faits pour être utilisés ensemble afin de respecter une certaine harmonie qui sans aucun doute se répercutera sur l'ensemble de la maison.
Le chevalier/consommateur frénétique s'extasie devant un coussin psychédélique sur un canapé aux couleurs assorties, la cruche d'eau sur une table, un service d'épices à côté d'une gazinière. L'effet ne se fait pas attendre : il a besoin de tout et maintenant!

 
Dans ces conditions le courageux (ou coquin) désireux d'acheter un seul objet se voit assailli de doutes. Le déchirement s'empare de son âme. Comment arracher, sans le briser, un item à son milieu? Celui que je lui proposerai à la maison pourra-t-il lui offrir une vie décente? Comment vivra sa prochaine acquisition le fait de devoir finir sur un canapé qui n'est pas en lin, à proximité d'une table de fabrication locale et non suédoise? En d'autres termes, son prochain achat (pour lequel son coeur a déjà si fortement faibli) ne devra-t-il pas faire face à un horrible sentiment de déracinnement? Personne, en tout cas pas une âme charitable qui se respecte comme la sienne, ne peut lui infliger cela. C'est bien trop cruel.
Torturé par cette mauvaise conscience naissante, il  se voit offrir deux possibilités:

  1. reposer, les larmes aux yeux et le coeur meurtri, l'objet de son désir: "Non, je ne peux pas lui faire ça"... (ce qui se traduit en général par: "Sérieusement, j'en ai déjà un en plus de celui de Mamie, ce n'est pas raisonnable")
  2. prendre l'objet mais lui choisir un compagnon afin d'atténuer sa souffrance. ( ce qui est exprimé par un :"En plus la couette qui apparaissait clairement être la meilleure amie de l'ours en peluche (le futur déraciné) est pas mal du tout et remplacera la mienne déjà âgée (2 ans). En l'achetant je pourrais même demander à Mamie de m'offrir, en lieu et place de la couette initialement prévue, pour mon anniversaire (ou autre) un chèque cadeau participant à l'achat de la Mégane ou du Scenic II. Bref, en craquant sur la couette je fais des économies sur la bagnole... ouf sauvé!)

Rempli de cette certitude, c'est le coeur léger qu'il sort la CB (avec ou sans chiffres en relief.... ah des stigmates du boulot!) pour payer la couette, plus l'ours en peluche, plus le coussin design qui fait penser à Abba et qu'on a vu chez Elodie et Guillaume et Marie et... ouais bon Mamie pourra nous prêter l'argent pour la bagnole climatisée puisqu'elle n'aura pas à refaire (comprendre prendre en charge car ses goûts à Mamie c'est pas le top quand même) la déco du salon. Avant de passer la caisse, on regarde quand même derrière soi, cet océan de nouveaux amis potentiels auxquels on dit "Oui c'est promis, je reviendrai..."

Posté par ElsaleDevin à 01:36 - Dissertation - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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