fils_de_saulLe Fils de Saul (Saul fia) de Laszlo Nemes 

J'ai beaucoup aimé ce film vraiment puissant qui prend aux tripes et donne l'impression que la machine destructice va sortir de l'écran et engloutir également le spectateur. Mais il y a plus fort qu'elle : un homme commettant au nom de l'Humanité un acte de résistance inouï : offrir à son fils (ou au garçon qu'il pense être son fils) un enterrement digne. Seuls les humains honorent leurs morts.

Le personnage principal est filmé durant presque tout le film en gros plan. Le résultat est stupéfiant car recentre ainsi l'humanité sur Saul et certains de ses compagnons. Cette façon de faire détruit ce que les nazis avaient voulu créer. En effet, si le film avait été filmé à l'aide de grands angles, on aurait peut-être (et encore, le spectateur sachant ce qui se trame derrière Saul) eu une idée plus globale du fonctionnement des crématoires et chambres à gaz, mais les détenus seraient devenus des créatures interchangeables, déshumanisés, des "Stücke". Or ce n'est pas un film sur Auschwitz ni sur son fonctionnement mais sur ce que les gens y vivaient. 
C'est comme si en racontant à coup de chiffres globaux, l'ensemble de la machine d'extermination nazie, on en oubliait ce que les victimes y vivaient concrètement.  Comme s'il était plus facile de dire avec distance que 6 millions de personnes furent assassinées à Auschwitz-Birkenau que de voir le calvaire d'une seule d'entre elles. 

Nemes remet l'humanité à sa place et rend aux bourreaux ce qui est aux bourreaux.